De l’itinérance

Françoise Morin, directrice artistique de l’association Ville Ouverte et de la galerie Les Douches, m’a proposé, compte tenu de la spécificité et de la régularité de mon travail éditorial, d’exposer un certain nombre d’œuvres en relation avec un choix de livres qui retracent un peu l’ensemble de mon parcours, depuis Far-Westhoek en 1982 jusqu’à Un Hiver d’oise en 2008. Idée originale et plaisante qui me permet de montrer aussi, à côté de tirages récents, quelques beaux vintages en noir et blanc qui ont plutôt bien vieilli et d’exhumer de mes réserves quelques livres et catalogues —certains superbement imprimés— qui sont autant de raretés connues des seuls bibliophiles. L’exposition s’intitule De l’itinérance, parce qu’il s’agit là du concept qui fonde en grande partie mon travail, et qu’il s’agit également d’une invitation à errer par mes livres.

Le vernissage aura lieu le 2 décembre et l’exposition sera présentée jusqu’au 6 février.

Les Douches la Galerie 5 rue Legouvé 75010 Paris

Métro : République ou Jacques Bonsergent

Tel : 01 46 07 10 84

villeouverte@villeouverte.com / www.villeouverte.com

Béatrice Andrieux a écrit un texte pour le dossier de presse que je me permets de reproduire ci-dessous :

Thierry Girard, l’arpenteur du monde moderne.

Thierry Girard est un arpenteur. Celui qui, au sens étymologique, mesure les terres. Depuis plus de trente ans, Thierry Girard prend la mesure du monde dans sa dimension philosophique et poétique.

Il observe des parties du monde, il les parcourt et les photographie. Les récits de ses voyages qui accompagnent la plupart de ses livres, admirablement écrits, rendent compte de son profond attachement au territoire, au paysage rural et urbain.

Thierry Girard est aussi un explorateur. Celui qui part à la découverte de territoires inconnus. En voyant l’ensemble de l’oeuvre de Thierry Girard, on se dit que l’homme n’a pas oublié les récits d’expéditions de sa jeunesse tant il s’en inspire dans son approche photographique. On l’imagine plongé dans la littérature passionnante des explorateurs du XIXe siècle bardés de lourd et encombrant matériel photographique nécessaire à leur périple.

Arpenteur et explorateur, Thierry Girard part à la découverte d’un monde en mutation. Témoin attentif et passionné, il peut décider de partir sur les terres lointaines et caillouteuses de Saint-Pierre et Miquelon pour en revenir avec le très bel ouvrage de Langlade, Miquelon et Saint-Pierre, arpenter une partie de la Chine moderne avec Voyages au pays du réel ou bien composer un parcours pictural, inspiré par deux peintres japonais du début du XIXème siècle, avec la Route du Tôkaidô.

Mais il se passionne aussi et surtout sur les régions de France, que l’on croit connaître et arrive à les transcender. En 1982, le territoire de la Flandre occupe cinq mois de sa vie. De ce long périple, il en rapporte un livre sombre et magnifique, proche de l’univers des américains Walker Evans et Lee Friedlander. « Far Westhoek » rend compte d’une réalité inattendue dans la région de Dunkerque. Fasciné par le caractère excessif des paysages qu’il parcourt, il rédige un carnet de route de février à juin dans lequel la phrase introductive résume son oeuvre : « Lorsque je découvre une ville ou une région, ce qui arrête mon regard en premier lieu avant les hommes, leur comportement, leurs traits, c’est la nature de l’espace qui les environne ». « Far Westhoek » raconte les lumières extrêmes, la limpidité des hivers septentrionaux, la tristesse des jours de brume et de pluie, les abris bus désoeuvrés et les chemins oubliés.

Les thèmes chers à Thierry Girard et la mise en place des atmosphères de ses explorations sont posés. Le mode opératoire demeure depuis le même. Si au départ, une commande l’incite à partir, l’ailleurs devient pour lui une réelle source d’inspiration. L’homme a besoin de s’imprégner physiquement du paysage. Armé de son matériel, il parcourt des kilomètres le long des littorales, dans les forêts, parmi les villages et les villes. Cet arpenteur du monde réel donne à voir la réalité de paysages urbains ou ruraux dans laquelle la présence humaine est souvent absente. Pour autant lorsqu’il aborde le portrait avec une approche picturale évidente, on est frappé par la dimension spirituelle qui s’en dégage. La vierge à l’enfant paru dans Un voyage en Saintonge, vibrant hommage à la peinture italienne et ses icônes, en est une des plus belles représentations.

Béatrice Andrieux

Octobre 2009

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