À l’Ouest, il y a toujours du nouveau.

J’ai travaillé et exposé un peu partout en France, mais j’aimerais parfois que mon travail trouve encore plus d’écho en certaines Régions… Tiens, Paca par exemple où mes récentes tentatives de faire émerger quelques nouveaux projets n’ont recueilli jusqu’à présent qu’un silence assourdissant ! Mais peut-être me suis-je simplement trompé d’interlocuteurs ? Avis aux décideurs ou passeurs d’informations qui me lisent…

De fait, j’ai toujours considéré que, en-dehors de Paris et sa proche banlieue, le Nord-Pas-de-Calais et Paca étaient les deux Régions de France disposant du potentiel photographique le plus riche pour des photographes documentaires (j’utilise toujours ce terme avec précaution, j’en connais les malentendus…).

Certes, le Nord est déjà inscrit au programme, j’attends simplement le top départ… Dans un an, dans deux ans ? Ah, la patience est un nécessaire apprentissage pour les artistes qui vivent dans l’urgence de leur enthousiasme et sont prêts à être sur le terrain dès le lendemain du jour où ils ont écrit un nouveau projet (je sais de quoi je parle…), tout en sachant que le temps est toujours bon conseiller et qu’il est nécessaire à la maturation d’un projet.

Arcelor depuis la digue du Break, Dunkerque, Nord © Thierry Girard 2004

Quand à Paca, nous y arriverons bien un jour ! En tout cas, chacun de mes séjours dans cette Région (le dernier en date très récemment pour les Rencontres d’Arles) est l’occasion de mesurer cette richesse… Et l’ampleur de ma frustration ! Certes, les photographes ne manquent pas dans le Sud et doivent déjà se batailler entre eux avec des budgets globalement à la baisse, comme partout ailleurs, mais je m’élève contre cette tendance lourde à “régionaliser“ les projets et leurs auteurs dans un système où chacun défend son pré carré : l’Alsace aux Alsaciens et la Bretagne aux Bretons !

Cela dit, chacun d’entre nous qui vit en province dispose sur son territoire électif d’un privilège de présence et de reconnaissance qui facilite évidemment les choses, même si personne ne peut se sentir dépositaire de quelque exclusivité que ce soit. Dieu merci, le jeu reste ouvert, bien que les règles soient parfois pipées en certains endroits, non pas tant du fait des photographes eux-mêmes que du fait des collectivités ou des institutions !

Pour ce qui me concerne, heureusement qu’il y a encore et toujours, et de manière particulièrement bienvenue en cette période difficile, mon Ouest adoptif pour répondre à des appels d’offre et les gagner, pour trouver des compléments de financement à des projets en cours, pour préparer des projets d’exposition et d’édition et pour compter sur la fidélité d’institutions qui complètent régulièrement leurs collections. Le fait de vivre depuis vingt-cinq ans au bord de l’Atlantique finit par créer à la longue un réseau et des affinités qu’il m’est naturellement plus facile d’entretenir, ce dont je me réjouis, tout en prenant garde à ne pas “saturer“ le terrain, ce qui serait contre-productif. Je parle là d’un Ouest étendu qui va de la Bretagne à l’Aquitaine et qui inclut ce que les géographes appellent l’Hinterland, en l’occurrence le Limousin pour le résident picto-charentais que je suis.

Donc, petite revue de mi-saison 2010, en allant du nord au sud de l’Ouest…

Du côté de Vitré en Bretagne, l’artothèque a acquis en début d’année, dans le cadre de l’exposition De l’itinérance à la galerie Les Douches à Paris, deux tirages noir et blanc issus d’un travail ancien, Mémoire Blanche. Ces photographies que Bernard Lamarche-Vadel avait vues et appréciées en son temps viennent intelligemment s’inscrire dans l’esprit d’une collection par lui inspirée.

Dans les réserves du musée de Charleville-Mézières in Mémoire Blanche © Thierry Girard 1992
Tirage argentique réalisé par l’auteur en 1993, format 36 x 36, signé, non numéroté.

La même artothèque, alliée à l’Institut Confucius de Bretagne, va me permettre de repartir prochainement en Chine pour compléter le travail que j’avais amorcé sur Shanghai et que je n’avais pas pu poursuivre en 2009, faute de money… Finalement, ce n’est peut-être pas plus mal d’arriver après la bataille de l’Exposition Universelle (c’est mon côté “positif“ !), même si je crains de ne pas retrouver entiers certains quartiers sur lesquels j’ai travaillé et où je souhaite revenir. Une exposition est prévue en 2011 dans un premier temps en Bretagne (deux ou trois lieux), puis… Nous verrons bien : les dossiers d’inscription sont à retirer auprès de l’auteur…

Dans Qinglian Jie, Shanghai © Thierry Girard 2008

Pas loin, mais en changeant déjà de Région, l’artothèque d’Angers vient de compléter une collection de mes œuvres, commencée il y a près de vingt ans, avec une deuxième image extraite de la série La Route du Tôkaidô.

Narumi, station 40, in La Route du Tôkaidô © Thierry Girard 1997
Tirage argentique format 36 x 44, numéroté 4/15.

Juste à côté, à Nantes, quelque projet se dessine, mais il est encore bien trop tôt pour en parler.Une petite heure d’autoroute et nous sommes à La Roche-sur-Yon où l’artothèque vient également de compléter son fonds avec une photographie extraite de mon travail récent Paysage insoumis. Là aussi, il y a du projet dans l’air, mais…

Saint-Junien, Haute-Vienne, in Paysages insoumis © Thierry Girard 2007
Tirage digigraphique format 65 x 80 numéroté 1/10.

Dans mon “fief“ picto-charentais, c’est surtout l’Inde qui m’occupe et me préoccupe en ce moment, mon souci étant d’abord de confirmer quelques aides promises pour entreprendre un second voyage et de trouver les partenaires institutionnels qui permettront à une exposition de voir le jour en 2012 en liaison avec d’autres musées sur la façade atlantique…De la Bretagne à l’Aquitaine ! En attendant, la Ville de La Rochelle vient d’acquérir le tout premier tirage issu de ce travail en cours et je reçois toujours ce genre de choses comme un signe de bon augure.

Nightfall sur le front de mer, Pondichéry, 28 décembre 2009 © Thierry Girard
Tirage digigraphique format 65 x 80 numéroté 1/10.

Passons à mon Hinterland favori et à cette Région Limousin dont j’aime profondément la beauté et l’épaisseur  des paysages : la bibliothèque francophone multimédia de Limoges vient d’acquérir le second exemplaire du portfolio ­Paysages insoumis (le premier exemplaire ayant été acquis par le Frac Poitou-Charentes) ; et cette même Bfm participera très prochainement au tour de table qui permettra sans doute, avec d’autres institutions de la Région, de monter pour 2012 une belle exposition autour de ce travail, et peut-être même un projet d’édition… En tout cas, chaque nouvel aller-retour à Guéret, Limoges ou Tulle est l’occasion pour moi de nourrir un peu plus un corpus d’images déjà bien riche. Le centre régional des Lettres du Limousin qui s’apprête à lancer à la rentrée le portail Géoculture m’a également sollicité : Géoculture est une initiative originale, soutenue par le Ministère, et appelée éventuellement à s’étendre dans d’autres Régions, qui consiste en une invitation au voyage “intelligent“ en Limousin sur le web, à partir de données, de citations et de documents qui sont ceux d’écrivains, d’artistes, de photographes, d’historiens etc. Belle expérience à suivre…

Retour vers l’Ouest, ou plutôt le Sud-ouest, avec un travail qui va m’occuper tout l’été et une partie de la rentrée, suite à un appel d’offres que j’ai remporté sur l’estuaire de la Gironde. La demande des commanditaires est très documentaire (il s’agit surtout d’enrichir un fonds iconographique), mais cela me permet de reprendre le fil de mes travaux précédents, qu’il s’agisse de la commande du conservatoire du littoral en 2006 déjà sur l’estuaire de la Gironde, ou du travail que j’avais entrepris en 2003 dans Histoires de limites sur la partie littorale de la Région Poitou-Charentes. Avec, à terme, un projet de “gros“ livre auquel je pense de plus en plus, même en me rasant le matin, et qui serait en quelque sorte la synthèse de tout ce que j’ai produit de ce côté-ci de la France depuis mon arrivée en 1986.

Saint-Palais-sur-mer, Charente-Maritime in Histoires de limites
© Thierry Girard 2003

Enfin, du côté de Bègles (c’est à dire la banlieue de Bordeaux pour les nuls en géographie), il n’y aura pas de livre, faute de budget, mais l’exposition prévue pour fin novembre se prépare : les tirages sont en cours de fabrication. Il reste seulement quelques hésitations de choix sur une poignée d’images.

Le long de la Garonne, Bègles © Thierry Girard 2008

Audrey J., artiste-plasticienne, Bègles © Thierry Girard 2007
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