Paris • Mois de la photo 2010

Pas d’exposition personnelle pour ce Mois de la photo à Paris (qui commence en fait fin octobre pour se terminer en décembre), mais quelques images dispersées dans des événements ou des expositions collectives. Avec par ordre d’apparition :

À partir du 27 octobre à la galerie Agathe Gaillard, une exposition de groupe intitulée Le Hasard profite aux esprits préparés, soit une déclinaison sur l’inconscient photographique à partir d’une photo mystérieuse de Jean-Philippe Charbonnier, L’enfant flou.

[ L’enfant flou © Jean-Philippe Charbonnier ]

Pour ma part, je n’ai guère été fouiller du côté de l’avatar freudien (l’ellipse et lapsus dirait Denis Roche), ni du côté de la beauté convulsive, mais plutôt du côté du saisissement aveugle, ou la problématique de l’instant décisif, du tir à l’arc et de la danse de l’araignée sur sa toile, revus à l’aune de mon expérience.

[Feng Xian, Shaanxi, Chine, 2005 © Thierry Girard

Sur un pont reliant les deux parties d’une petite ville perdue dans la montagne, je photographie le flux de gens et de véhicules qui passent sur la chaussée et sur les trottoirs. L’appareil moyen-format est monté sur un trépied pour déterminer et caler le cadre de l’image, et je suis bloqué contre le parapet du pont, sans recul possible. Le réverbère violet au premier plan me protège du soleil bas de l’hiver en contre-jour.

Je suis dans une situation que j’apprécie particulièrement, où j’essaye de concilier dans la prise de vue, maîtrise (le cadre, la lumière) et saisissement “aveugle“ (le mouvement). Je fais assez peu de photos, essayant de tenir une tension et une acuité visuelle qui me permet de ne déclencher qu’à “bon escient“ en essayant de limiter la dimension aléatoire du résultat. Mais c’est finalement l’image la plus improbable, avec ce passage très rapide et très incontrôlable des adolescentes en premier plan, qui s’avère la plus réussie. Tous les personnages ont leur importance, pas un n’est indifférent ; avec, en outre, cette fille qui croise les deux autres et qui, par je ne sais quel effet de déformation-transformation du visage, renvoie à une image inattendue : c’est le portrait d’une petite Bécassine chinoise qui soudain surgit au cœur des montagnes du Qingling. Cette photographie est issue de la série Voyage au pays du Réel. ]

À partir du 4 novembre, Thames & Hudson France propose tout autour du canal Saint-Martin un parcours éclectique pour 17 œuvres de 15 photographes, choisies parmi les 300 images et les 49 photographes de Street photography now dont l’édition française vient d’être mise en librairie. Nathalie Belayche, la commissaire de ce parcours entre boutiques, librairies et galeries, a choisi une photo de la même série que la précédente, qui sera présentée à l’entrée de la galerie Les Douches. À propos de cette photographie, la prise de vue est certes moins aléatoire que pour celle de Feng Xian, mais le protocole est semblable.

[ Meixian, Shaanxi, Chine, 2003 © Thierry Girard ]

Enfin, le 18 novembre aura lieu au musée du Montparnasse, une rétrospective des 50 ans du Prix Nièpce, sous l’égide des Gens d’images. Un catalogue sera édité à l’occasion.

J’ai décidé de jouer le jeu et de respecter la consigne initiale en présentant quatre tirages vintage issus de l’exposition originelle de 1984. J’ai eu la tentation de reprendre et rééditer une partie de ce travail, voire de le réécrire en passant par l’impression numérique —et il est vraisemblable que le résultat eut été fort différent—, mais il m’est finalement apparu plus important de resituer ce travail et sa présentation dans le contexte de l’époque, confirmant ainsi le souci que j’ai d’exhumer de leurs boîtes des œuvres et des tirages anciens. L’exposition De l’itinérance présentée en début d’année à la galerie Les Douches en était la première déclinaison.

Le dossier qui m’a valu d’obtenir le Prix Nièpce en 1984 était composé de trois séries : une série assez courte sur le Sénégal, réalisée en 1983 ; et deux séries plus conséquentes qui renvoient à ce que je nomme « mes territoires génériques », le Nord de la France et la Grande-Bretagne.

Les photos choisies pour cette rétrospective sont issues de cette dernière série : deux photographies réalisées en Ulster, dans le quartier catholique de Belfast, quelques mois après la mort de Bobby Sands en mai 1981, suite à une invitation du Secours populaire et de la Green Cross irlandaise. Et deux photographies prises lors de l’été 1983 passé en Angleterre et au Pays de Galles grâce à une bourse du Fiacre.

[ Ardoyne, Belfast, décembre 1981 © Thierry Girard ]

[ Falls Road, Belfast, décembre 1981 © Thierry Girard ]

Ces photographies sombres, âpres, sans espoir (un côté “No future“) sont encore très marquées par mes références originelles : Bill Brandt, Robert Frank (ses photos de Londres et du Pays de Galles), les photographies d’Alain Resnais (le livre “Repérages“), Tony Ray-Jones (“A Day off“), Lee  Friedlander (“Factory Valleys)

[ Ferndale, Wales, août 1983 © Thierry Girard ]

[ Wapping, London, juillet 1983 © Thierry Girard ]

Galerie Agathe Gaillard, 4 rue du Pont-Louis-Philippe, 75004, Paris.

Exposition du 26 octobre au 6 décembre

Galerie Les Douches, 5 rue Legouvé, 75011, Paris.

À partir du 4 novembre.

Musée du Montparnasse, 21 avenue du Maine, 75015, Paris.

Exposition du 18 novembre au 12 décembre.

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