Hirondelles (printemps 2013)

L’adage dit que les hirondelles ne font pas le printemps, mais puissent ces quelques signes de reprise nous sortir d’un hiver particulièrement long et désespérant où la plupart des projets sagement initiés de longs mois à l’avance se sont dégonflés telles de pauvres baudruches ou se sont perdus dans les limbes de l’atermoiement généralisé. Et quand les choses semblent pouvoir enfin se mettre en place, c’est avec des budgets de morts-la-faim… qu’il vaut mieux parfois refuser pour éviter de se mettre en danger ! Bref, la crise met tout le monde artistique en danger, et particulièrement les auteurs, photographes ou plasticiens, qui n’ont pas le garde-fou de l’intermittence du spectacle, et qui sont les premiers à devoir pâtir des subventions réduites à peau de chagrin. Sans compter que le mécénat ordinaire (hors quelques entreprises et collections ayant un véritable engagement sur le long terme) fait lui-même défaut et révèle en ces temps moroses sa vraie nature : on s’intéresse aux artistes comme aux danseuses ; c’est juste pour le plaisir lorsque l’air est amène… Quand aux collectionneurs privés, même s’ils ne sont pas ruinés et s’ils n’ont pas tous planqués leur argent dans des coffres étrangers, on voit bien qu’ils n’ont pas la tête à ça ! Les galeries, en France du moins, ne savent plus à quel saint se vouer pour les convaincre de reprendre le fil de leurs flâneries intéressées… Et s’il reste quelques fonds dans les collections publiques, c’est pour s’entendre dire que tout est déjà consommé, ou à tout le moins acté dans les choix, alors que l’année ne fait que commencer…

Les artothèques par exemple doivent souvent gérer des budgets à la baisse, ayant soit le choix de restreindre le nombre d’acquisitions, soit d’exiger des « rabais » dramatiques, parfois avec la complicité de galeries aux abois prêtes à céder des œuvres à vil prix et de certains artistes eux-mêmes aux abois. Ça ne m’empêche pas d’avoir, entre estime certaine et acquisitions fermes, quelque succès avec la série “Arcadia revisitée ».

Arcadia revisitée, scène I © Thierry Girard 2011

Arcadia revisitée, scène I © Thierry Girard 2011

 

Cela dit, l’optimisme étant le contrepoint nécessaire de l’incertitude (sinon, on ne fait pas ce métier ou on se suicide !), et vu le nombre de projets lancés à travers le vaste monde ces derniers mois et ces dernières semaines, on se dit qu’il y aura bien quelques hirondelles qui sauront nous ramener au plus vite de bonnes nouvelles. Et peut-être même que le chant du merle qui s’est installé, comme chaque année, dans le grand rosier blanc du jardin, est déjà l’annonce du regain.

 En attendant, je prends aussi le temps de revisiter quelques travaux anciens, redécouvrant parfois avec effarement quelques trésors oubliés, juste soulignés sur la planche-contact, et même pas toujours, tout simplement pas vus ; au point qu’il m’est devenu autant nécessaire aujourd’hui de réévaluer ces pages lointaines que d’en rajouter de nouvelles.

Tout récemment, le décès de la Dame de Fer m’a donné l’envie d’exhumer une trentaine de planches-contacts d’un travail que j’avais fait à Belfast en décembre 1981, six mois après la mort de Bobby Sands dans la sinistre prison de Maze  —à ceux pour lesquels cette histoire est un peu lointaine, je conseille de voir le poignant film « Hunger » (2008) du réalisateur britannique Steve MacQueen, qui relate cette grève de la faim devant laquelle Margaret Thatcher n’a pas cédé et qui aboutira au décès de Bobby Sands et de neuf de ses compagnons.

J’avais été envoyé à Belfast par le Secours Populaire et reçu par la Green Cross irlandaise, proche des Républicains, et notamment de l’IRA. C’était Noël, sous un ciel aussi lumineux que le halot d’une pauvre lampe, la ville était sinistre, traumatisée par cette guerre qui semblait devoir durer encore longtemps. Beaucoup de ceux que je rencontrais vivaient dans la détresse psychologique et une quasi-misère liée à un chômage endémique. Tous étaient révoltés et las à la fois, qu’ils soient favorables au dialogue démocratique comme le couple qui m’hébergeait, ou déterminés au combat et à la résistance comme nombre de ceux que je croisais. Et parmi les enfants que je photographiais, certains avaient été gravement touchés par ces plastic bullets que l’armée britannique dispensait généreusement dès qu’il y avait le moindre heurt. Ces jeunes qui lançaient des pierres et des cocktails Molotov sur les forces britanniques ou la police de l’Ulster étaient en quelque sorte les précurseurs des jeunes Palestiniens de l’Intifada. Les murs du quartier catholique, tous les murs, y compris les pignons des maisons, “célébraient“, si l’on peut dire, cette guerre : l’hommage aux combattants et aux héros républicains, la haine des Anglais et des Protestants.

Les trois photographies qui suivent sont un peu tirées au hasard, juste pour voir. L’une avait été publiée, les deux autres sont inédites. Il faudrait évidemment que je prenne les temps de tout numériser… Mais j’avais déjà publié deux autres photos de cette série dans un billet datant d’octobre 2010, ici.

 

Belfast, décembre 1981 © Thierry Girard

Belfast, décembre 1981 © Thierry Girard

Belfast, décembre 1981 © Thierry Girard

Belfast, décembre 1981 © Thierry Girard

Belfast, décembre 1981 © Thierry Girard

Belfast, décembre 1981 © Thierry Girard

Grand saut dans le temps, le style et les circonstances, la parution du 100e numéro de l’Actualité Poitou-Charentes, revue trimestrielle beaucoup plus riche et intelligente que ne le laisse supposer son titre, est l’occasion d’évoquer différents “regards“ portés sur cette Région. On retrouve au menu un dossier “Limites et seuils“ qui reprend le travail que j’avais réalisé, il y a dix ans déjà, en longeant les “frontières“ administratives de la Région Poitou-Charentes. On peut avoir une idée de ces « Histoires de limites » en regardant la sélection qui est sur mon site web. Mais là aussi, en réouvrant la boîte des planches-contacts, j’ai découvert un certain nombre de photographies plutôt intéressantes que j’avais négligées à l’époque. Le dossier s’ouvre d’ailleurs sur cette belle image inédite :

Près de mMschers-sur-Gironde, Charente-Maritime © Thierry Girard 2004

Près de Meschers-sur-Gironde, Charente-Maritime © Thierry Girard 2004

 

Du côté des parutions, s’annonce également (après une longue attente !) l’opus IX des monographies cantonales éditées par Le Hurloir (sous l’égide du conseil général de l’Eure-et-Loir), auxquelles je participe depuis le premier numéro. Le second portfolio photographique de ce numéro consacré à Maintenon  est dû comme les précédents à Jérôme Galland.

 

Portrait de la Duchesse de Noailles, château de Maintenon © Thierry Girard 2013.

Portrait de la Duchesse de Noailles, château de Maintenon © Thierry Girard 2013.

Buste de Louis XVI et gravure du Roi-Soleil, château de Maintenon © Thierry Girard 2013

Buste de Louis XVI et gravure du Roi-Soleil, château de Maintenon © Thierry Girard 2013

Du côté des expositions, en attendant un programme  sans doute un peu plus chargé cet été et cet automne (encore que là aussi l’incertitude règne… et pas simplement pour les expositions hexagonales), celle consacrée à Kamaishi et présentée au centre d’art du musée de Digne se termine prochainement. On peut retrouver ce travail, ici, sur mon blog.

Intérieur de maison dévastée, Kamaishi, août 2011 © Thierry Girard

Intérieur de maison dévastée, Kamaishi, août 2011 © Thierry Girard

 

L’exposition présentée au siège social d’Agnès B. pour conclure les 38 ans d’activité d’Agathe Gaillard en tant que galeriste, est un très bel hommage à cette femme de grande qualité. 63 photographes présentés, plus de 200 œuvres et une place particulière accordée, notamment dans son livre de mémoires, à André Kertesz et Hervé Guibert qui sont, outre Charbonnier évidemment, ses deux grandes rencontres humaines et photographiques. Pour ma part, je suis très heureux et très fier de faire partie de ceux qu’elle a élus. Ma première exposition à la galerie a eu lieu en 2002, deux autres ont suivi jusqu’à aujourd’hui, et je regrette qu’il soit désormais trop tard pour en faire une ultime.

Il faut avouer aussi que l’ouverture de la galerie en 1975 correspond au tout début de mon intérêt pour la photographie, à une époque même où je ne me voyais pas encore vraiment photographe. Je n’étais pas présent lors de cette première exposition, mais j’ai fréquenté très rapidement la rue du Pont-Louis-Philippe, sachant que les deux galeries où, à la fin des années 70, notre génération de très jeunes photographes se retrouvait les soirs de vernissage et côtoyait quelques anciens, c’était Agathe Gaillard et Zabriskie (à son premier emplacement rue Saint-Merri à deux pas du centre Pompidou). Nous étions alors peu nombreux. Nous découvrions Gibson chez l’une et Friedlander chez l’autre. Agathe m’impressionnait par sa beauté et son allant, j’ai mis beaucoup de temps à oser lui présenter mon travail…

De ma première exposition à la galerie, Agathe écrit la chose suivante : « La qualité de ses photos le rendait précieux pour des collectionneurs et nous présentâmes un choix de se photos extraites de son livre D’une mer l’autre. Un grand nombre de photographes traitent maintenant de sujets similaires mais je le trouve plus puissant et plus poétique, j’aime son utilisation maîtrisée de la couleur, qui ne le submerge pas ».

 

La Papinière, Deux-Sèvres, de la série "Histoires de limites", exposée à la galerie Agathe Gaillard en 2006 © Thierry Girard 2004

La Papinière, Deux-Sèvres, de la série « Histoires de limites », exposée à la galerie Agathe Gaillard en 2006 © Thierry Girard 2004

Enfin, la prochaine exposition nous emmène à Sedan pour le festival Urbi & Orbi, vernissage le Ier juin. Jacqueline Salmon et Françoise Morin, les deux commissaires du festival, ont concocté un programme où l’on retrouve une douzaine d’auteurs, dont Jean-Louis Garnell, Peter Bialobrzeski, Valérie Jouve, Bogdan Konopka, Stéphane Couturier, Thibaut Cuisset… Je présente dans une salle qui m’est réservée sept triptyques issus de la série “Women in Shanghai“, série que l’on peut désormais retrouver sur mon site web, ici.

Nia XiaoZhang (extrait du triptyque n°7), Shanghai 2008 © Thierry Girard

Nia XiaoZhang (extrait du triptyque n°7), Shanghai 2008 © Thierry Girard

Au programme prises de vue, je m’apprête à réaliser les premières reconductions de l’observatoire photographique de l’Aude dont la campagne initiale a été menée entre octobre 2011 et mai 2012. On peut retrouver quelques images de ce premier état de l’observatoire sur ce billet précédent de mon blog. Mais en marge des photographies « officielles » réalisées avec un appareil numérique, j’ai photographié à la chambre 4×5, pour mon plaisir, quelques paysages audois, certains en double de ceux de l’observatoire, d’autres originaux. Ci-dessous, une courte sélection de ces photographies « off-side » :

Les Hauts de Narbonne, 22 octobre 2011 © Thierry Girard

Les Hauts de Narbonne, 22 octobre 2011 © Thierry Girard

Les Hauts de Narbonne, 22 octobre 2011 © Thierry Girard

Les Hauts de Narbonne, 22 octobre 2011 © Thierry Girard

Saint-Denis, Aude, 9 décembre 2011 © Thierry Girard

Saint-Denis, Aude, 9 décembre 2011 © Thierry Girard

Le long de l'Argent double, Citou, Aude, 10 décembre 2011 © Thierry Girard

Le long de l’Argent double, Citou, Aude, 10 décembre 2011 © Thierry Girard

Narbonne-plage, 11 décembre 2011 © Thierry Girard

Narbonne-plage, 11 décembre 2011 © Thierry Girard

Cabanes de l'étang de l'Ayrolle, Gruissan, 11 décembre 2011© Thierry Girard

Cabanes de l’étang de l’Ayrolle, Gruissan, 11 décembre 2011© Thierry Girard

Lézignan-Corbières, Aude, 22 mars 2012 © Thierry Girard

Lézignan-Corbières, Aude, 22 mars 2012 © Thierry Girard

Lauraguel, Aude, 23 mars 2012 © Thierry Girard

Lauraguel, Aude, 23 mars 2012 © Thierry Girard

Trèbes, Aude, 24 mars 2013 © Thierry Girard

Trèbes, Aude, 24 mars 2012 © Thierry Girard

Via Domitia, Roquefort-des-Corbières, 25 mars 2012 © Thierry Girard

Via Domitia, Roquefort-des-Corbières, 25 mars 2012 © Thierry Girard

Aqualand, Port-Leucate, 25 mars 2012 © Thierry Girard

Aqualand, Port-Leucate, 25 mars 2012 © Thierry Girard

Expositions :

« Kamaishi, après le fracas et le silence », Cairn, centre d’art du musée de Digne, jusqu’au 28 avril 2013.

« Agathe Gaillard, Mémoires d’une galerie », siège social d’Agnès B., 17 rue Dieu, 75010 Paris, jusqu’au 7 mai 2013 (le livre, « Mémoires d’une galerie » est édité chez Gallimard dans la collection Témoins de l’Art).

« Women in Shanghai », Festival Urbi & Orbi, Sedan, du 1er au 30 juin 2013.

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