Cimaises d’automne 2013

Alors que l’exposition Un Printemps à Surgères s’est prolongée un peu au-delà de l’été, Un Hiver d’oise est venue annoncer l’automne avec une présentation à l’Espace Matisse à Creil dans le cadre des Photaumnales. Il est à noter que c’est la première fois que ce travail, réalisé dans le cadre d’une résidence d’artiste dans l’Oise pendant l’hiver 2007-2008, est présenté dans le département où les photos ont été prises. L’ire du Président du Conseil général face à un travail qui ne « valorisait pas l’image du territoire » a induit une censure de fait avec un livre remisé dans les combles du CG et une exposition interdite de séjour pendant plus de cinq ans (Un Hiver d’oise a été montré à plusieurs reprises, ailleurs que dans l’Oise, et notamment à la galerie Agathe Gaillard en 2010). Je dois à la ténacité et à l’amitié de Fred Boucher et d’Adriana Wattel, « chevilles ouvrières » de Diaphane et des Photaumnales, cette présentation dans un bel espace, au milieu d’une cité et de ses barres HLM, ce qui n’est pas pour me déplaire, même si symboliquement, ma petite revanche et ma propre ténacité sont atténuées par ce qui n’est qu’une semi-réhabilitation dans un lieu ignoré et loin du pouvoir central. Je reviendrai prochainement dans un article détaillé sur ce “malentendu“ habituel entre artistes et politiques, l’Oise n’étant qu’une (mauvaise) expérience parmi d’autres…

Bresles, Oise © Thierry Girard 2008

Bresles, Oise © Thierry Girard 2008

Mouy, Oise © Thierry Girard 2008

Mouy, Oise © Thierry Girard 2008

À Beauvais, toujours dans le cadre des Photaumnales, je participe à la rétrospective Destinations Europe, 23 portraits de villes constitués entre 2007 et 2013 par autant de photographes, à partir de destinations desservies par l’aéroport de Beauvais. Chaque photographe avait droit à un séjour très court (de trois à cinq jours), ce qui oblige à une grande concentration et à trouver très rapidement le ton juste pour cerner des villes qui nous étaient inconnues. Malgré cette contrainte, l’exercice a été globalement réussi et a généré quelques jolis ensembles : parmi les travaux récents que je n’avais pas encore vus, je citerai notamment celui de Renaud Monfourny sur Manchester et celui de Géraldine Lay sur Glasgow. Pour ma part, j’étais allé à Kaunas en Lituanie en juin 2011 et j’avais publié quelques images de ce travail sur mon blog, ici et , au moment de sa présentation à Kaunas en septembre 2012.

La série Kaunas présentée dans Destinations Europe

La série Kaunas présentée dans Destinations Europe

La Galerie nationale de la tapisserie, à deux pas de la magnifique cathédrale, a été récemment récupérée par la ville de Beauvais, et pour la première fois, c’est tout l’espace de cet énorme bâtiment qui est dévolu à la photographie, belle manière de célébrer cette dixième édition des Photaumnales avec la rétrospective des différentes résidences et commandes produites par Diaphane au cours de ces années. Beaucoup d’images accrochées sur les murs, des superbes et des plus indifférentes, as usual ; mais, des neuf résidences présentées, je distinguerais celle de Tina Mérandon et la dernière, celle de Lars Tunbjörk. Les Pas de deux, lorsqu’un ex-photographe en résidence invite un autre photographe à partager son mur, sont également l’occasion de belles rencontres (Tina Mérandon, encore, et Raphaël Dallaporta par exemple). Pour ce qui concerne Destinations Europe, on peut simplement regretter que le choix (compréhensible) de standardisation des différentes contributions (10 images chacun, mêmes tirages, même format, même encadrement) rapproche parfois un peu trop certains travaux dans une sorte de formatage esthétique. Mais il y a toujours la possibilité de se rattraper et d’en goûter plus en regardant les 23 vidéos concoctées de main de maître par François Tisseyre et Ecoutez-voir. On peut suivre la vidéo sur Kaunas ici.

Cela dit, je trouve remarquable  le travail d’ensemble réalisé par l’équipe de Diaphane et des Photaumnales (au premier rang, Fred Boucher et Adriana Wattel), tant il faut d’investissement personnel et d’abnégation pour arriver à pérenniser au fil des ans des structures fragiles, soumises aux caprices des politiques et aux contraintes budgétaires. La ténacité finit par payer, comme à Niort où la modeste mais efficace association Pour l’instant a gagné le jackpot en devenant centre d’art avec un lieu dédié et un budget consolidé. Mais il faut pour cela que les collectivités suivent et que les élus prennent le parti de la photographie, au risque d’être parfois froissés et malmenés par ce qu’il advient de l’image de leur territoire soumis à des regards étrangers et non complaisants… C’est d’ailleurs tout le paradoxe de la photographie qui rassemble un public  plus nombreux, plus divers, moins élitiste que celui de l’art contemporain par exemple —ce qui n’est pas pour déplaire aux politiques—, mais qui renvoie souvent, comme fenêtre ouverte sur le monde proche ou lointain, ou comme miroir de nos fantasmes les plus obscurs, des visions qui ne collent pas avec cette façon de lisser les aspérités ou au contraire de simplifier des situations complexes ou de jeter des anathèmes dont les discours politiques sont friands.

Je ne parlerai pas (ou plutôt, si, dans un prochain article !) de la représentation du paysage, surtout urbain, qui déclenche si souvent les foudres des élus ! Cachez-moi ce paysage que je ne saurai voir !

Mais, sur un mode qui déclenchera sans doute nul courroux, les prochaines Rencontres photographiques de Lorient qui fêtent, elles, leur vingtième anniversaire et qui se tiendront du 19 octobre au 8 décembre, annoncent une exposition de Françoise Beauguion, ancienne élève d’Arles, passée également par les Rencontres de la jeune photographie à Niort, qui propose un regard intéressant sur la question du hijab, ce voile, ou plutôt ce foulard qui recouvre uniquement les cheveux et le cou sans cacher le visage, et dont tous ceux qui ont un peu voyagé dans les pays musulmans savent qu’il n’est pas qu’une “coutume archaïque“ ou une “contrainte religieuse ou sociale“, mais qu’il peut être aussi un objet de liberté choisie et un parement qui renforce la beauté des femmes qui le portent.

Quand à la question qui fâche en ce moment, celle des Roms, essayez de proposer à un maire, même de gauche, un travail photo sur cette communauté ! Peut-être à Montreuil ou à Bègles ? En tout cas, à Surgères, j’ai bien aimé pouvoir glisser dans ma sélection, trois portraits de famille de gens du voyage qui, certes, ne sont pas des Roms, mais qui sont encore trop souvent regardés à distance par leurs concitoyens, même lorsqu’ils sont sédentarisés depuis des lustres.

Gens du voyage, Surgères, juin 2013 © Thierry Girard

Gens du voyage, Surgères, juin 2013 © Thierry Girard

Ceci nous ramène à ma douce province et aux deux autres expositions qui doivent avoir lieu cet automne. La première est un accrochage, modeste, de dix grands tirages de Chine issus de Voyage au pays du Réel dans le hall de la Maline, l’espace culturel de l’île de Ré, en espérant qu’ils trouveront quelque acheteur…

Le second, à la médiathèque de La Rochelle, est en quelque sorte une reprise de l’exposition que j’avais faite fin 2009 à la galerie Les Douches à Paris (De l’itinérance), où j’avais proposé une relecture de mon travail en mettant en avant l’importance de la question éditoriale dans celui-ci. Cette nouvelle exposition, intitulée Des Pages et des cimaises, reprend le même principe en présentant huit de mes livres face aux  photographies qui en sont issues, certaines images, dont deux acquisitions récentes de la série Arcadia, venant du fonds de l’artothèque, d’autres provenant de ma collection personnelle. L’exposition dure presque trois mois et il est prévu le 27 novembre une conférence à l’auditorium de la médiathèque autour de cette question du livre  dans mon parcours photographique.

Arcadia revisitée, scène X © Thierry Girard 2011

Arcadia revisitée, scène X © Thierry Girard 2011

Demandez le programme :

Un Hiver d’oise : Espace Matisse, Creil, du 12 septembre au 26 octobre.

Destinations Europe : Galerie nationale de la tapisserie, Beauvais, du 14 septembre au 10 novembre.

Voyage au pays du Réel : La Maline, La Couarde-en-Ré, du 4 octobre 2013 au 5 janvier 2014.

Des pages et des cimaises, médiathèque de la Rochelle, espace artothèque, La Rochelle, du 11 octobre au 31 décembre.

Rappels bibliographiques (pour plus de détails, se reporter à la page biblio de mon site web) :

Un Hiver d’oise, l’Atelier d’édition, 2008.

Voyage au pays du Réel, Marval, 2007.

Arcadia revisitée, Trans Photographic Press, 2012.

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