L’Arpenteur et les Frontières (novembre 2014).

 

Genèse d’un film et d’une interview

 

Début 2013, je reçois un message d’un certain Jean Desmaison qui me dit qu’il s’intéresse à la photographie, qu’il la pratique un peu en amateur, mais qu’il est surtout réalisateur vidéo et qu’il souhaite me rencontrer pour me poser quelques questions au sujet de mon travail. Au fil de l’échange via Facebook, j’apprends que son désir de me rencontrer est né suite à une polémique sur le forum de discussion d’un site très connu pour les adeptes de la photographie grand format, galerie-photo.com. L’objet de la polémique tourne autour de la nature de mon travail, et plus précisément, de ce que j’ai réalisé au Japon après le tsunami de 2011. Je semble disposer apparemment (et heureusement) sur ce site d’un fan-club fidèle, mais qui doit faire face aux attaques en escadrille de quelques détracteurs qui contestent grosso modo l’apparente froideur de ma démarche et son “intellectualité“ et surtout, in fine, jalousent mon mode de production global et le soutien que m’a apporté sur ce projet précis l’Institut français de Tokyo. J’avais déjà eu vent de discussions antérieures me concernant, sur le même forum, s’agissant de savoir par exemple, suite à un article de mon blog sur Depardon, si mes “réserves“ à l’égard de son travail sur la France étaient justifiées, et du coup, comparaison pour comparaison, lequel, de Thibaut Cuisset ou de moi, était le meilleur photographe (ce dont nous nous contrefoutons l’un et l’autre)… M’inquiétant du coup de cette micro bataille d’Hernani, je vais faire un tour sur le forum en question et constate que J.D., qui se trouve plutôt au départ dans le camp des chasseurs en piqué, finit peu à peu par changer d’opinion et rallier l’autre camp, agacé par le simplisme des arguments et la mauvaise foi des premiers. Mais en bon fils de paysan qui veut être sûr que l’animal est de qualité, il souhaite quand même vérifier de visu si le bestiau sur pattes mérite quelque estime ou non avant de pouvoir apposer son fer.
Rendez-vous est donc pris pour une rencontre… face caméra et micro, ce qui n’a jamais été pour moi la situation idéale pour m’exprimer, mais j’essaye tant bien que mal de répondre aux questions de mon interlocuteur, questions qui n’ont rien de complaisant et dont je sens bien qu’elles servent d’abord à le rassurer quand à l’intérêt croissant que mon travail exerce sur lui. Au bout d’une bonne heure et demie de tournage, nous nous séparons l’un et l’autre plutôt rassérénés, et à défaut d’avoir su répondre à toutes ses interrogations, au moins je sais qu’il me considère désormais comme un type plutôt fréquentable et beaucoup plus humble et “normal“ que ce qu’il imaginait auparavant.

Autant le dire, à partir de ce moment et via des échanges fréquents sur FB, une amitié va naître et se renforcer au fil des mois, au point que Jean me propose, au début de cette année, de faire, non pas un reportage stricto sensu, mais un film d’auteur, un film court qui serait SA lecture de mon travail, et que l’on tournerait au printemps, sans prod spécifique, pour éviter justement tout risque de formatage télé ou autre. Il souhaite d’abord se faire plaisir et partager ce plaisir avec moi en élaborant un objet filmique qui puisse nous être utile à l’un et à l’autre et dont nous n’ayons pas à rougir.

Comme il y avait au même moment un autre projet de film (qui finalement ne s’est pas fait), avec un autre réalisateur qui devait m’accompagner sur mes terrains d’aventure, pour ne pas faire doublon, nous avons choisi de ne filmer que des territoires de l’intimité, l’île de Ré où je vis et l’Anjou auquel je suis attaché par tous les fils de ma mémoire, avec juste une escapade à Bordeaux pour le vernissage d’une exposition puis à Rochefort chez Gilles Lazennec, l’un de mes tireurs. 

Début septembre, le montage du film était terminé et il est désormais possible de le visionner ici : Thierry Girard, Arpenteur du monde.

 ThG Arpenteur du monde

Dans la foulée, comme s’il fallait en quelque sorte revenir à la case départ, Jean Desmaison me propose de réaliser une interview pour le site galerie-photo.com, histoire d’éclairer la lanterne sourde de certains et de fournir, qui sait, quelques recrues nouvelles au fan-club… À vrai dire, j’aime bien ce genre d’interview écrite où l’on peut répondre de manière précise aux questions posées tout en gardant la spontanéité de la conversation. On peut lire cette interview sur le lien suivant : Thierry Girard, vers le grand format en photographie.

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Retour aux Frontières

 

En cette toute fin d’année, baisse de régime du côté des expositions, en attendant un calendrier plutôt conséquent pour 2015. Hormis un nouvel accrochage d’Un Printemps à Surgères et l’annulation d’une présentation de Paysages insoumis pour cause de changement de municipalité et donc de politique culturelle, l’heureuse surprise vient de la programmation un peu inopinée de ma série Frontières, prêtée au musée d’art et d’histoire de Cognac par le Frac Poitou-Charentes dans le cadre du festival Littératures européennes. L’exposition sera visible au musée du 13 novembre au 15 décembre.

 

Ce travail réalisé en 1984-85, dans le cadre d’une des premières commandes passées par le Centre régional de la photographie Nord-Pas-de-Calais, marque un moment décisif dans mon parcours avec la mise en œuvre d’une problématique artistique autour de la notion d’itinéraire, accompagnée d’un protocole de travail spécifique : mise en œuvre d’un concept générique qui encadre et définit le projet, et respect des continuités géographiques et chronologiques dans la réalisation puis la restitution du travail. L’itinéraire en question va du Rhin à la mer du Nord en longeant de part et d’autre la frontière nord-est de la France. La frontière sert de prétexte pour travailler sur les questions de seuil, de limite, de franchissement, d’altérité, tant sur le plan topographique que sur le plan métaphorique. Les traces des guerres aussi sont présentes, amorce d’une thématique qui va revenir de façon régulière dans mes projets, y compris certains projets à venir.

 

Le Crp possède la série complète de ce travail, soit 63 photos, mais de nombreux tirages sont présents dans différentes collections, entre autres, dans les collections du Metropolitan Museum à New York, du Fonds national d’art contemporain (Centre national des arts plastiques), du Frac Pays de Loire, et bien sûr du Frac Poitou-Charentes.

 

Ce travail a bien sûr été exposé dans son intégralité au Centre régional de la photo, puis en Lorraine où il avait fait l’inauguration de la Maison des Cultures-Frontières à Freyming-Merlebach, alors dirigée par Jean Hurstel. Et cerise sur le gâteau, une large sélection de cette série avait fait partie de l’exposition qui m’avait été consacrée par Robert Delpire au Centre national de la photographie (sis alors au Palais de Tokyo) en décembre 1987.

 

Monument allemand, bataille du Geisberg près de Wissembourg, 4 août 1870 © Thierry Girard 1984

Monument allemand, bataille du Geisberg près de Wissembourg, Bas-Rhin, 4 août 1870 © Thierry Girard 1984 • Collection du Met New York, acquisition 1985.

Grottes de Nichet à Fromelennes, Ardennes © Thierry Girard, 1985 • Collection du Met New York

Grottes de Nichet à Fromelennes, Ardennes © Thierry Girard, 1985 • Collection du Met New York, acquisition 1985.

La Houve, Creutzwald, Moselle © Thierry Girard 1984 • Collection du Frac Poitou-Charentes, acquisition 1990.

La Houve, Creutzwald, Moselle © Thierry Girard 1984 • Collection du Frac Poitou-Charentes, acquisition 1990.

Budling, Moselle © Thierry Girard 1984 • Collection du Frac Poitou-Charentes (1990) et collection du Frac Pays de Loire (1986).

Budling, Moselle © Thierry Girard 1984 • Collection du Frac Poitou-Charentes (1990) et collection du Frac Pays de Loire (1986).

Les Moëres, Nord © Thierry Girard, 1985 • Collection du Frac Poitou-Charentes, acquisition 1990.

Les Moëres, Nord © Thierry Girard, 1985 • Collection du Frac Poitou-Charentes, acquisition 1990.

Saulnes, Meurthe-et-Moselle © Thierry Girard 1985 • Collection du Fonds national d'art comtemporain, acquisition 1987.

Saulnes, Meurthe-et-Moselle © Thierry Girard 1985 • Collection du Fonds national d’art contemporain, Paris, acquisition 1987.

© Thierry Girard pour les textes et les photographies

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