Du chaud, du tiède, du froid… (septembre 2015)

Chaud, c’est ce qui est en cours ; tiède, c’est ce qui se présente dans un futur proche ; froid, c’est ce qui est déjà passé.

Commençons par le chaud, bien évidemment. Et tout d’abord par une nouvelle présentation de mon travail sur le Japon après le tsunami, cette fois-ci à Nantes dans le cadre de la Quinzaine photographique nantaise qui décline cette année le thème du CHAOS. Outre une très intéressante rétrospective d’Hervé Jézéquel (et notamment son travail sur l’île volcanique de Surtsey), on peut y voir aussi la belle série d’Hélène Schmitz, Kudzu project, Les Glaneurs de Denis Bourges, ainsi que quelques travaux à suivre de la nouvelle génération comme ceux de Joseph Gallix ou de Grégory Valton. La galerie Mélanie Rio présente de son côté une sélection du travail de Philippe Chancel. Je dois remercier Hervé Marchand, Christian de Prost et leur formidable équipe de bénévoles pour la qualité de cette manifestation (les expositions sont visibles jusqu’au 11 octobre 2015).

Une photographie d'Hervé Jézéquel pour illustrer le CHAOS
Une photographie d’Hervé Jézéquel pour illustrer le CHAOS.

Le vernissage le 11 septembre (logique pour une thématique sur le CHAOS) fut l’occasion de rencontrer Yannick Le Marec qui est historien et qui s’intéresse beaucoup au rapport Photographie/Histoire/Mémoire : il a créé récemment un blog d’excellente tenue, érudit et pointu, intitulé Phothistory : au sommaire, une quinzaine d’articles dont trois me concernant directement, ici et  et encore , ce dernier analysant plus précisément le travail exposé à Nantes. Une fois de plus, c’est du côté des universitaires que je trouve les meilleurs analystes de mon travail…

Chaud aussi mon travail sur la Biélorussie qui est actuellement présenté au musée de la Nature de Berezinsky, là où les photos ont été prises en 2014. Il est possible que l’exposition soit montrée en décembre à Minsk au moment de la COP 21, avec le soutien de l’Ambassade de France.

 

Portrait de Viktoria B., réserve de Berezinsky © Thierry Girard 2014
Portrait de Viktoria B., réserve de Berezinsky © Thierry Girard 2014

 

Dans l’actualité très récente, on peut lire une bonne interview de moi dans le numéro d’août-septembre de Chasseur d’images, interview conduite par Hervé Le Goff qui signe également dans cette revue dédiée au matériel photo quelques belles présentations d’expositions en cours ou à venir (Pierre de Fenoÿl au château de Tours, Homer Sykes à la galerie Les Douches).

Chauds-tièdes, ce sont les travaux terminés du côté des prises de vue, mais qu’il faut maintenant présenter et éditer. Ma résidence dans les Ardennes avec le musée de la Chasse et de la Nature s’est achevée en mars dernier, mais la présentation du travail (et son édition) ont été repoussés au printemps 2016. Le livre est presque prêt, il n’y a plus qu’à…

 

Villiers-devant-Mouzon, Ardennes © Thierry Girard 2015
Villiers-devant-Mouzon, Ardennes © Thierry Girard 2015

 

Printemps 2016, ce sera aussi le moment de montrer au Japon le travail que j’ai réalisé au mois d’avril dernier sur l’île de Kyushu. J’ai suivi une ligne de train, The Tenjin Omuta Line, qui va de Fukuoka à Omuta en desservant 48 stations, soit presque autant que le nombre de “haltes“ le long de la route du Tôkaidô. J’ai photographié à la chambre le paysage alentour, depuis les quais de chaque gare ou à proximité, et j’ai photographié également les commuters, dans le train, entre chaque station. Ce travail sera vraisemblablement montré en France, mais je ne sais pour l’instant ni où, ni quand… Je ferai ultérieurement un billet complet sur mon autre blog à propos de ce projet.

Tenjin Station, Fukuoka © Thierry Girard 2015
Tenjin Station, Fukuoka © Thierry Girard 2015

 

On the Tenjin Omuta Line © Thierry Girard 2015
On the Tenjin Omuta Line © Thierry Girard 2015

 

Miyanojin © Thierry Girard 2015

Miyanojin © Thierry Girard 2015

 

On the Tenjin Omuta Line © Thierry Girard 2015
On the Tenjin Omuta Line © Thierry Girard 2015

 

Omuta © Thierry Girard 2015
Omuta © Thierry Girard 2015


Plutôt tièdes, les projets actés, mais non commencés et sur lesquels j’entends rester encore discret : un projet qui doit commencer cet automne dans l’Est de la France sur une problématique proche de Paysages insoumis, mais avec un autre fil conducteur…

Puis, plus tard en 2016, le début d’un nouveau road trip aux Etats-Unis qui va me prendre sans doute pas mal de temps. Nous en reparlerons en temps voulu.

Du côté du froid, je m’abstiendrai de revenir trop en arrière (j’ai zappé en fait une newsletter intermédiaire) et j’aimerais simplement évoquer un colloque à Zagreb, auquel j’ai été invité fin juin-début juillet. Ce colloque, intitulé Metaphor of baggage, était organisé au musée des Arts décoratifs de Zagreb par l’Institute of Art history sous la houlette de Sandra Krizic Roban, une universitaire qui a beaucoup écrit et publié sur la photographie contemporaine (et particulièrement croate). Il s’inscrivait aussi dans le cadre du Festival de la France en Croatie. Le thème principal du colloque était de réfléchir à la manière dont des photographes, forts de leur bagage intellectuel et artistique, se confrontent à des pays dont la culture leur est étrangère, notamment dans des situations ou des zones de conflits, en rapportant des éléments d’analyse, de transgression et de représentation du Réel qui se distinguent parfois radicalement des approches faites par les photographes issus des pays ou des zones concernées, et qui peuvent surtout amener certains travaux vers ce que j’appellerai pour ma part, les marges fictionnelles de la photographie documentaire.

Mon ami Jacques Defert, qui fut le premier invité en raison de son passé croate (il fut directeur de l’Institut français de Zagreb au début des années 90, lors de l’éclatement de la Yougoslavie et pendant la guerre des Balkans qui s’ensuivit), avait opportunément rappelé à l’organisatrice du colloque l’existence de mon travail sur le Danube, réalisé justement au milieu des années 90 alors que le fleuve était sous embargo de l’Onu et que les armes ne s’étaient toujours pas tues entre Serbes et Croates. Ce fut la raison de ma présence à Zagreb et c’est d’ailleurs une photographie de ce travail sur le Danube qui a servi d’image introductive du colloque.

Champ de bataille de Mohacs, Hongrie © Thierry Girard 1996. Cette bataille perdue par les Chrétiens en 1526 face aux Ottomans menés par Soliman le Magnifique fut le prélude à une occupation de la Hongrie qui dura 150 ans. On mesure encore aujourd'hui le traumatisme de cette défaite dans les propos du Premier ministre hongrois, Victor Orban, qui a fermé sa frontière face à l'afflux de réfugiés syriens pour "défendre la Chrétienté" !
Champ de bataille de Mohacs, Hongrie © Thierry Girard 1996.
Cette bataille perdue par les Chrétiens en 1526 face aux Ottomans menés par Soliman le Magnifique fut le prélude à une occupation de la Hongrie qui dura 150 ans. On mesure encore aujourd’hui le traumatisme de cette défaite dans les propos du Premier ministre hongrois, Victor Orban, qui a fermé sa frontière face à l’afflux de réfugiés syriens pour « défendre la Chrétienté » !

J’en ai donc profité pour présenter longuement une large sélection de ce travail qui avait été exposé en Croatie en 1999 —il avait fait notamment la réouverture du musée de Vukovar après que la ville eut été rendue aux Croates. Le recul m’a permis en fait de présenter ce parcours danubien, non pas sous un jour nouveau, mais en insistant sur la dimension sérielle du projet, dimension que je n’avais pas autant problématisée à l’époque, mais que le grand nombre d’images inédites montrées lors de la projection rendait encore plus manifeste.
J’essaierai sans doute de revenir plus longuement sur ce point dans un billet dédié à ce projet, qui sera d’autant plus justifié que les concepts développés alors se retrouvent ancrés dans nombre de mes travaux récents. Jaillissement & dissolution fait partie de ces projets qui d’une certaine manière bouclent une époque tout en jetant les bases des développements à venir.

 

Famille croate dans un camp de réfugiés près de Zagreb, ayant fui la Slavonie occupée par les Serbes © Thierry Girard 1994
Famille croate dans un camp de réfugiés près de Zagreb, après avoir fui la Slavonie occupée par les Serbes © Thierry Girard 1994

 

Entrée de la ville de Vukovar (Slavonie), détruite par l'armée serbe © Thierry Girard 1999
Entrée de la ville croate de Vukovar au bord du Danube (Slavonie), détruite en 1991 par l’armée fédérale, alors composée majoritairement de Serbes © Thierry Girard 1999

 

Parmi les autres interventions, je retiendrai celle de Sandra Krizic Roban qui a analysé la manière dont Cartier-Bresson et Riboud rendent compte de la Yougoslavie des années cinquante en privilégiant une vision “archaïque“ du pays et en faisant fi de la transformation “socialiste“ du pays sous la férule de Tito. Jacques Defert nous a proposé une approche historique des frottements entre photographie documentaire et photographie créative, en consacrant une grande part de sa savante intervention à la photographie ethnographique puis à Jeff Wall. Barbara Ceferin qui est galeriste à Ljubljana en Slovénie nous a présenté le travail de Klavdij Sluban, East to East. Christine Frisinghelli, commissaire d’exposition et co-fondatrice avec Manfred Willmann de Camera Austria qui gère également les archives photographiques de Pierre Bourdieu relatives à la Guerre d’Algérie, a fait une présentation justement remarquée de ce travail où Bourdieu fut amené, lors de son séjour en Algérie après son service militaire, à photographier l’état d’aliénation des populations arabes et kabyles, à travers notamment les villages de regroupement de population rurale dans les Aurès. Christine Frisinghelli en a fait une présentation très politique évoquant ce travail comme une sorte de préambule à son futur engagement sociologique, mais j’ai retrouvé un article du blog de Marc Lenot (Lunettes rouges), écrit à propos de la présentation de ce travail àTours en 2012, qui m’a semblé beaucoup plus circonspect (à lire ici). Enfin, Anthony Haughey, artiste et enseignant irlandais, nous a fait part de la difficulté à représenter la mémoire douloureuse à travers son projet Disputed Territory qui analyse via différents médias et supports le traumatisme de la guerre de Bosnie et particulièrement le massacre de Srebrenica.

Dalmatie, Yougoslavie, 1953 © Marc Riboud
Dalmatie, Yougoslavie, 1953 © Marc Riboud

Je terminerai enfin cette newsletter par le rappel de la publication récente de deux beaux portfolios. Le premier, dans le numéro 6 de la revue Billebaude éditée par la Maison de la Chasse et de la Nature chez Glénat, avec un texte de présentation de Claude d’Anthenaise. Le second, dans le numéro d’été de L’Actualité Poitou-Charentes, avec une introduction de Jean-Luc Terradillos.

 

Portfolio de six pages dans Billebaude n°6 - 2015.

Portfolio de huit pages dans Billebaude n°6 – 2015.

 

Portfolio de six pages dans l'Actualité Poitou-Charentes n° 109 - 2015

Portfolio de six pages dans l’Actualité Poitou-Charentes n° 109 – été 2015

 

© Thierry Girard 2015 pour les photographies et les textes (sauf mention contraire).

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